PIÉGEAGE ET INSECTICIDES : DES SOLUTIONS QUI N'EN SONT PAS

PIÉGEAGE ET INSECTICIDES : DES SOLUTIONS QUI N'EN SONT PAS


La lutte contre le frelon asiatique reste coincée entre les limites du piégeage – peu efficace et peu sélectif – et les dangers de l’arme chimique – néfaste pour d’autres espèces animales et pour la santé humaine.


LE PIÉGEAGE

Il existe plusieurs techniques de piégeage. Elles n'ont, à ce jour, pas montré leur efficacité et tuent ou affectent gravement les autres espèces de pollinisateurs.

Comme le rappelle le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) : 


« Même un piège dit « sélectif » a un impact sur les insectes non ciblés, car si une sélection physique partielle a lieu pour certains insectes (trop gros pour pénétrer dans le piège ou assez petits pour s’échapper par les petits trous latéraux), le séjour, même court, dans un piège peut avoir un impact (excès de chaleur, humidité, etc.) sur la survie ou la fécondité des insectes capturés. »

Les pièges à base de phéromones, censés attirer les frelons, seraient certes plus sélectifs mais, comme les autres pièges, ils ne capturent au mieux que quelques dizaines ou centaines d’individus.

Le MNHN conseille donc de limiter le recours au piégeage « en cas d’attaque de frelon asiatique sur un rucher et uniquement dans ce cas » et en « posant les pièges uniquement au niveau du rucher ».


LES INSECTICIDES

Pour détruire des nids, le recours à la chimie avec l’utilisation de la perméthrine est certes radicale, mais elle a plusieurs revers :

- la toxicité des pyréthrinoïdes 

Ces substances agissent sur le système nerveux de nombreux animaux, pas seulement celui des frelons ni même des insectes en général, mais jusqu’à celui des humains. L’Agence française de sécurité sanitaire (Anses) confirme dans un rapport publié en 2019 que  les pyréthrinoïdes sont toxiques pour l'homme, et l'agence suspecte des effets cancérogènes et des perturbations endocriniennes.

Une étude publiée dans le JAMA Internal Medecine indique par ailleurs que les insecticides de la famille des pyréthrinoïdes seraient liés à un risque accru de mortalité d'origine cardiovaculaire. Ces risques conduisent les désinsectiseurs eux-mêmes à s’inquiéter pour leur santé et à rechercher des alternatives à ces produits.

Ces substances sont aussi toxiques pour de nombreux animaux, mais particulièrement pour les chats, comme le rappelle cette note de l’Anses.

- la persistance du produit

La perméthrine peut rester active plusieurs jours. Quelques jours après le traitement, les désinsectiseurs sont censés revenir sur les lieux pour décrocher le nid et ne pas laisser l'insecticide dans l'environnement. Mais la manœuvre est compliquée et coûteuse, notamment en raison de la hauteur à laquelle se trouvent certains nids (entre 10 et 20 mètres). Dans les faits, de nombreux nids remplis de cette poudre chimique restent donc dans la nature, tuant les autres insectes qui se retrouvent à proximité, qui peuvent à leur tour être ingérés par d’autres animaux.



- un souci éthique et pratique pour les collectivités locales

Répandre au grand jour des produits chimiques dans les espaces verts, même en établissant un périmètre de sécurité, n’est pas satisfaisant pour les responsables publics, de plus en plus nombreux à s’engager dans des démarches de certification pour le management environnemental de leur territoire.

- le développement de résistances

L’apparition de résistances à des insecticides a déjà été constatée dans d’autres situations et des désinsectiseurs commencent à observer des frelons couverts de perméthrine les attaquer, ce qui n'était pas le cas au début de l'utilisaiton du produit.  L’usage de la chimie est donc condamné à une surenchère de substances de plus en plus variées et toxiques.



BILAN

Le bilan est désastreux, tant pour l’environnement et la biodiversité aux alentours du nid, que pour l’homme qui fait face à des risques d'effets cancérigènes sur le long terme. De plus, la nécessité de traiter les nids après l'utilisation de la perméthrine rend le travail des désinsectiseurs plus long et compliqué.

Aucune méthode de lutte à la fois propre, efficace et économique n'a donc été, à ce jour, mise en œuvre.